Compétitivité, la France peut-elle rattraper son retard?

Compétitivité, la France peut-elle rattraper son retard?

Dans le débat public, le mot « compétitivité », à force d’avoir confondu les représentations économiques, assimile un pays et une entreprise. Mais une Nation n’est pas une entreprise.

Cette question de la compétitivité est quasiment exclusivement confondue avec une perspective de réduction des coûts. Et s’il existe une réelle problématique relative à la fiscalité qui incombe aux entreprises, nous devons penser cette question au-delà du seul biais de l’économie du sacrifice.

Il y a dans notre pays, les tenants d’un Etat omnipotent et ceux d’une opposition à toute forme d’intervention publique pour lesquels le moindre centime d’impôt versé est outragent. Mais il faut préférer les réalités aux slogans et sortir des oppositions stériles et manichéennes.

Le calcul économique de l’Etat ne peut être le même que celui d’une entreprise dans la mesure où les dépenses de l’Etat ont des effets retour et une multitude de phénomènes non marchands que les dépenses d’entreprises sont en incapacité de générer.

Convenons ainsi qu’au-delà de la « charge » que peut représenter l’impôt sur les entreprises, l’impact réel sur la compétitivité n’est pas tant dans la charge mais dans leur instabilité : leur variabilité incessante produit fatalement un manque de visibilité sur les charges fixes. La stabilité des charges fixes est un élément essentiel pour une bonne compétitivité.

L’effet yoyo des impôts sur les entreprises les empêche d’avoir une visibilité et une prévoyance à moyen terme qui pèse lourdement sur le déficit compétitif par rapport à nos voisins européens. Cette instabilité des charges fixes empêche nos entreprises d’avoir un budget prévisionnel pluriannuel qui favoriserait les investissements.

Si les investissements représentent un coût important dans un premier temps, que ce soit dans la comptabilité privée ou la comptabilité d’Etat, on oublie souvent que ces investissements rapportent de l’argent à moyen terme, que de surcroit, ils sont la marque d’une bonne santé économique et qu’ils permettent surtout un gain de compétitivité significatif. Si les dépenses d’investissement permettent de s’inscrire dans un cercle vertueux, a contrario, l’absence de dépenses d’investissement nous fait perdre en compétitivité qualitative (c’est-à-dire en valeur ajoutée comparée à une production concurrente), elle nous fait prendre du retard qu’il faudra rattraper, mais sans avoir bénéficié de l’avantage compétitif si vous étiez en avance sur vos concurrents.

De plus, la compétitivité se juge à l’aune de la qualité du produit, aux savoirs faire, aux compétences que requièrent sa production. Sans cela, vous ne faites que du moyen de gamme.

Enfin, parmi les poncifs habituels sur la compétitivité, se trouve celui du coût du travail. A cette occasion, on vient la plupart du temps nous louer le modèle allemand avec ses ouvriers payés à très bas salaire. A en écouter ces prêcheurs de contre vérité, on en viendrait à penser que nous n’avons que pour seule alternative, le nivellement par le bas afin de s’aligner progressivement au coût du travail chinois. Qui veut de ce modèle pour l’Europe en général et la France en particulier ?

Car si le coût du travail joue sans doute une part dans la compétitivité française, il n’est pas le seul élément structurant : cet élément, c’est la productivité. Que n’est-il jamais évoqué par les pharisiens d’un libéralisme débridé qu’un travailleur français, malgré ses 35 heures, est plus productif qu’un travailleur allemand ?

Certainement que les 35 heures, dans leur philosophie et dans leurs conséquences pratiques sont loin d’avoir d’innombrables vertus, mais on ne fait de politique que sur des réalités, et il ne sert à rien de réécrire l’Histoire, car il convient d’avantage d’écrire l’avenir.

Pour ce qui est du coût du travail dans notre pays, le constat est simple : le financement de nos prestations sociales pèse plus que de raison sur les salaires. Ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas de remettre en cause notre système social. Dans une économie globalisée, il faut savoir se doter d’outils performants loin des caricatures et des chimères. Pour retrouver un niveau de cout du travail compétitif, la solution a un nom : la « TVA sociale ». Au fond, quoi de plus logique que de financer la réduction des cotisations qui pèsent sur les salaires par la TVA assise sur la consommation. Quoi de plus juste que de baisser la contribution des plus modestes et d’augmenter celles des plus aisés. La TVA, dans un contexte de monnaie unique et de contraintes économiques communautaires, dispose des avantages d’une dévaluation : Les exportations bénéficient d’une baisse des coûts de production sans augmentation de charges puisque leur production n’est pas soumise à la TVA nationale. Les prix de leurs produits baissent sur les marchés étrangers et deviennent ainsi plus compétitifs. Quant aux importations, elles subissent la hausse de la TVA alors que leurs coûts restent inchangés. Les prix de leurs produits augmentent, ils deviennent donc moins compétitifs.

De ce point de vue, l’Europe ne peut plus rester ouverte à tous les vents, à la concurrence déloyale et à l’absence de réciprocité avec ses partenaires. Dans ces changements que doit accepter l’Union européenne se trouve le statut de la Banque centrale européenne : l’indépendance de tout organe politique, avec des critères qui n’ont aucun sens (le plein emploi n’y est jamais mentionné), cela ne peut plus continuer. On ne peut se doter d’une monnaie unique sans que les Etats n’aient leur mot à dire sur la politique économique à mener. C’est un non-sens. Si à l’intérieur de chaque Etat membre, les réformes nécessaires pour accroitre la compétitivité sont faites et qu’en même temps, la BCE conduit une politique monétaire absurde, avec un euro fort, vos efforts nationaux seront réduits à néant.

En France, il faut en finir avec cette politique consistant  à repousser sans cesse les dépenses d’investissement sous couvert de vouloir faire des économies, car cette absence d’investissement dans les services publics, afin d’avoir des services performants et de qualité, pèsent lourdement sur notre déficit de compétitivité.

Enfin, pour améliorer la productivité de nos entreprises, il conviendrait d’engager une réelle simplification administrative en faveur des entreprises plutôt que d’adopter de nouvelles mesures qui alourdirait encore davantage ces taches qui nous font perdre tant de productivité et de compétitivité.

Vous l’aurez compris, la France a devant elle de grands défis à relever si elle souhaite encore faire partie des premières puissances mondiales sur le plan économique. L’aide de l’Europe sera à n’en pas douter nécessaire et devra permettra à chaque Etat d’imposer son industrie compétitive dans les secteurs qu’elle maitrise le mieux.

Quentin BARADEL
Président de Réveiller la République,
Ancien collaborateur parlementaire,
Proche d’Henri Guaino

Sacha GAILLARD
Adjoint au maire
Ville de Saint-Cloud
Président-fondateur d’EspriTerritoires

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